Petit matin en collines

C’était il y a quelques années déjà la Toussaint passée depuis plus d’une semaine quand je décidais ce matin-là d’aller voir s’il n’était pas tombé quelques bécasses durant la nuit sur le petit plateau au pied du grand ubac.

C’est un endroit sauvage planté de petits chênes blancs sur une belle pelouse d’herbe parsemée de quelques buissons de cades, genévriers et autres petits épineux, qui s’étend à plat sur quelques centaines de mètres de large, au-dessus des barres qui surplombent les dernières cultures, jusqu’à la rude pente d’un ubac caillouteux à la végétation basse.

Il n’était pas rare d’y faire d’heureuses rencontres, les oiseaux appréciant l’endroit. La nuit ayant été claire le moment semblait propice.

Accompagné de mon habituel équipier Figaro cocker farfouilleur en diable et passionné d’oiseaux, j’escaladais les barres et me retrouvais à pied d’oeuvre en moins de dix minutes.

Fusil approvisionné en plomb de huit, nous nous mîmes en quête. Aucun souffle, l’air frais du petit matin était parfaitement immobile. Le chien au petit galop battait le terrain devant moi, inspectant les touffes et buissons tandis que nous parcourions le plateau systématiquement par bandes de cinquante mètres, nous rapprochant à chaque passage un peu plus du pied de l’ubac.

Alors que je contournais une large bande d’argelas qui me séparait encore de la pente, dans mon dos, rompant le silence, le grincement caractéristique d’un coq qui se remet après avoir évité.

Je rappelais Figaro et lui indiquais les argelas. Il disparu aussitôt sous les épines, il tenait son coq.

Mais l’oiseau était roublard et prenait de l’avance dans l’enchevêtrement des épineux. Le cocker têtu ne lâchait pas la piste pour autant et l’oiseau prit alors le parti de grimper l’ubac, le chien sur ses traces.

Ayant fini de contourner la bande d’argelas, j’entamais la montée derrière le chien mais avec près de vingt mètres de retard. Devant moi la poursuite continuait de buisson en buisson, le coq cherchant à éviter Figaro zigzaguait de refuge précaire en refuge précaire.

Je m’essoufflais rapidement tant la pente était raide et je lançais alors au chien : « A toi Fifi, je n’en puis plus » .

Et soudain, le grand cri d’envol du coq jaillit au dessus de moi dans la pente : en fin chasseur Figaro avait tourné le coq, le poussant à une ultime fuite par les airs.

Flamboyant dans la lumière rasante du petit matin, l’oiseau plongeait vers la vallée vingt mètres au-dessus de la pente presque en limite de portée. Le coeur battant violemment, je le suivis de mes canons, puis d’un vif coup d’épaules je le devançais tout en pressant la détente.

Le coq foudroyé bascula dans la pente pour s’y écraser une cinquantaine de mètres plus bas.

Figaro avait vu l’oiseau tomber et bondit dans la pente en direction de la chute.

« Apporte ! » criais-je pour encourager le cocker à retrouver sa proie, pendant que je reprenais mon souffle et que mon coeur retrouvait un rythme de battement plus normal.

J’ouvris le fusil et en retirais la douille vide pendant que Figaro, fier de sa chasse, me rejoignait la tête haute ornée d’un flamboyant trophée.

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